Lors d’un colloque organisé par L’Express le 23 mars 2026 à Paris, les directeurs de deux grandes écoles de commerce européennes, Francesco Billari (université Bocconi) et Eloïc Peyrache (HEC), ont partagé leur vision des transformations provoquées par l’intelligence artificielle dans l’enseignement supérieur.
Selon eux, l’IA générative bouleverse profondément les méthodes d’apprentissage. Désormais, des tâches autrefois centrales, comme la création de présentations PowerPoint ou la rédaction de travaux académiques, peuvent être réalisées en quelques secondes. Pour Francesco Billari, cela marque clairement la fin de certains travaux d’entrée de carrière, comme la production de slides, qui ne constituent plus une compétence d’avenir. L’enjeu principal devient alors la capacité des étudiants à formuler les bonnes questions et à interpréter les réponses fournies par l’IA.
Eloïc Peyrache souligne de son côté que se contenter d’exécuter des tâches simples expose davantage au remplacement. Il insiste sur l’importance de développer des compétences analytiques et stratégiques, notamment la compréhension des problèmes en amont, la structuration de la réflexion et la définition des objectifs. À ses yeux, la valeur ne réside plus uniquement dans la solution, mais dans la manière de penser le problème.
Ces évolutions impactent également les modes d’évaluation. Les établissements envisagent un retour partiel aux examens sur papier pour garantir l’authenticité du travail, tandis que les devoirs réalisés à domicile seront considérés comme potentiellement assistés par l’IA. En conséquence, les soutenances orales et la capacité à défendre ses idées devant un jury devraient prendre davantage d’importance.
Face aux inquiétudes liées à l’usage excessif de l’IA — notamment après une étude du MIT suggérant un possible affaiblissement de certaines fonctions cognitives —, Francesco Billari insiste sur la nécessité de préserver les interactions humaines. Les échanges en présentiel, la vie de campus et le développement des compétences sociales et émotionnelles restent essentiels.
Enfin, les deux dirigeants anticipent une transformation profonde des écoles dans les années à venir. L’université Bocconi prévoit de renforcer son orientation scientifique et d’intégrer davantage l’informatique, tandis qu’HEC mise sur une personnalisation accrue des parcours et un développement de l’enseignement à distance. Malgré ces évolutions, tous deux s’accordent sur un point : le lien humain et l’expérience collective resteront au cœur de la formation.
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